Mois de janvier 2010

1ère question:

J’aimerais que vous me donniez des stratégies pour développer le sens de l’effort chez mes élèves.



Solutions proposées:

Question super intéressante! Vous savez comme moi que ce n’est pas tellement une valeur développée naturellement au sein de la famille et de la société, de nos jours. Il faut se résigner à enseigner le sens de l’effort tout comme on enseigne les autres choses.

Ma première mise en garde sera de vous inviter à ne pas confondre la démotivation d’avec le sens de l’effort. Évidemment que les deux sont en interaction…Un élève démotivé ne sera pas tellement intéressé à fournir des efforts et un élève qui ne fait pas d’efforts risque de ne pas connaître de réussites. Chemin inévitable pour sombrer dans la démotivation!

Dans le contexte, je m’en tiendrai au sens de l’effort. Voici un certain nombre de pistes :

  1. Inscrire régulièrement sur les travaux des élèves une FORCE et un DÉFI, surtout lorsqu’il s’agit de tâches d’apprentissage.
     
  2. Inviter les élèves à identifier un seuil de réussite personnel dans la marge de leur cahier lorsqu’ils sont en train d’apprivoiser un concept ou une technique quelconque.
     
  3. Développer une procédure de débrouillardise dans la classe avec les élèves. Se préoccuper de placer sur les premières marches de l’escalier des moyens qui relèvent d’abord du potentiel de l’élève. (voir Quand revient septembre, volume 2, page 52)
     
  4. Amener les élèves à auto-évaluer régulièrement leur performance par rapport au sens de l’effort. Utiliser des phrases comme :
     
    J’ai dépassé ce que l’on attendait de moi;
    J’ai essayé et j’ai réussi;
    J’ai démissionné en cours de route;
    Je n’ai même pas essayé;
    (voir Quand revient septembre, volume 1 page 320 )
     
  5. À la fin d’une étape donnée (une semaine ou un mois), placer les élèves dans des conditions gagnantes pour qu’ils puissent identifier eux-mêmes de véritables forces ainsi que des défis réalistes. L’utilisation de référentiels visuels est absolument nécessaire : Portrait général des règles de vie à la portée de la main et décodage des compétences développées ou des connaissances acquises sous forme de bilan visuel.
     
  6. Lire des allégories faisant la promotion de résultats positifs lorsque des efforts ont été déployés.
     
  7. Inviter des personnes qui pourraient témoigner que leur réussite actuelle est tributaire des efforts qu’ils ont investis.
     
  8. Dans la gestion du portfolio d’apprentissage, ne pas oublier d’insérer le critère du sens de l’effort à travers la banque de critères de sélection possibles. (voir Apprivoiser les différences, page 360)
     
  9. Après la présentation de leur bulletin ou de leur portfolio, obliger les élèves à se donner un plan d’amélioration en regard des prochaines semaines en compagnie de leurs parents.
     
  10. Placer les élèves en dyades d’entraide pour qu’ils se donnent mutuellement une force et un défi surtout lorsque la tâche a été réalisée en coopération.
NE PAS PERDRE DE VUE QUE CHANGER UN COMPORTEMENT, ÇA PREND UN CERTAIN TEMPS. ÇA PREND AUSSI PLUSIEURS STRATÉGIES…


2e question:

Comment dois-je intervenir pour empêcher mes élèves de tricher lorsqu’ils se rendent au pupitre de l’autocorrection? Je crois vraiment à l’efficacité de les impliquer à ce niveau, mais je sens que si la situation ne change pas, je vais me décourager et abandonner cette pratique. Pouvez-vous m’aider?



Solutions proposées:

Avec plaisir! Surtout que j’ai eu souvent recours à cette forme de correction lorsque j’enseignais. En plus de responsabiliser les élèves par rapport à leurs apprentissages, le fait de recourir à cette pratique me permettait de récupérer du temps que je pouvais consacrer à autre chose. Et tout le monde sait que dans une classe, on court toujours après le temps.

Ma première recommandation sera de vous dire qu’il faut préparer mentalement les élèves à l'autocorrection avant de leur donner accès à ce privilège. Encore là, le résultat «souhaité» et «souhaitable» doit être enseigné. Éviter de prendre pour acquis que vos élèves savent déjà comment ils devront faire ou encore de penser qu’ils l’apprendront tout naturellement sans que vous n’ayez à intervenir auprès d’eux. L’enseignement des connaissances procédurales fait aussi partie du développement des compétences au même titre que les connaissances déclaratives et conditionnelles.

Dans cette perspective, voici un certain nombre de pistes :

  1. Lorsque vous proposez des questions fermées aux élèves ne comportant qu’une seule bonne réponse, profitez de l’occasion pour démystifier leur phobie de la bonne réponse. Donnez-leur vous-même les réponses au début du travail en disant que tout à l’heure, le retour se fera sur le processus vécu plutôt que sur le résultat obtenu.
     
  2. D’autres fois, faites par exprès pour insérer une mauvaise réponse à travers celles que vous leur avez données. Justifier votre geste en mentionnant que :«Apprendre, c’est douter. On ne peut jamais être sûr de toutes ses réponses. Il faut essayer toutes sortes de solution avant d’en privilégier une. Il faut toujours vérifier ce que l’on vient de trouver».
     
  3. Mettre à la disposition des élèves des crayons de couleur au pupitre de l’autocorrection. Les crayons à mine et les gommes à effacer ne devraient pas être autorisées. Évitez les tentations qui sont humaines…
     
  4. Obliger les élèves à montrer leur cahier ou leur copie à une autre personne avant de s’auto-corriger. Question de vérifier que la tâche a été complétée et question aussi d’éviter que l’élève se réfère au corrigé simplement pour aller chercher les bonnes réponses.
     
  5. Une fois l’autocorrection complétée, avertissez les élèves que vous vous réservez le droit de vérifier vous-même le cahier d’un élève qui sera déterminé par le hasard.
     
  6. Prendre le temps d’élaborer avec les élèves une procédure qui encadrera le processus de l’autocorrection. En faire un référentiel visuel qui leur permettra en tout temps de s’y référer. À titre d’exemple :
    • Je demande l’autorisation de m’autocorriger en montrant mon cahier ou ma page à quelqu’un;
       
    • Je me corrige de mon mieux;
       
    • Je regarde mes résultats et j’en fais part à mon enseignant;
       
    • Je me demande pourquoi j’ai réussi ou pas;
       
    • J’indique mes besoins de soutien en m’inscrivant à une clinique, si nécessaire.
  7. Varier les formes de correction pour que les élèves puissent apprivoiser la diversité dans le partage du pouvoir. (voir Différencier au quotidien, pages 211 et 212)
     
  8. Retirer le droit de l’autocorrection aux élèves qui ne le feraient pas d’une manière autonome. Leur expliquer que vous serez leur correctrice privée pour un certain temps puisqu’ils sont en tutelle.
     
  9. Ne jamais abandonner la pratique de l’autocorrection auprès de l’ensemble de la classe à cause de quelques élèves qui auraient dérogé aux règlements. Continuer cette pratique avec ceux et celles qui fonctionnent bien. Les élèves ne peuvent pas devenir autonomes tous en même temps. Il faut différencier là aussi…
NE JAMAIS DOUTER DU POTENTIEL DES ÉLÈVES. C’EST EN FORGEANT QU’ILS DEVIENDRONT FORGERONS…