Au cours de l’année 2010, j’ai mis en opération un espace virtuel par lequel les enseignants peuvent m’acheminer directement des problématiques qu’ils aimeraient clarifier. Comme je ne fais pratiquement plus d’interventions dans les écoles, ce courrier pédagogique me permet de garder contact avec la réalité du milieu éducatif. D’autre part, c’est une excellente façon pour moi de partager avec d’autres l’expertise que j’ai développée au cours de ma carrière d’enseignante et de consultante.

Je vous invite donc à vous prévaloir de ce service gratuit. La procédure d’utilisation est fort simple :

  • Identifier un problème ou une préoccupation qui occupe une place importante dans la vie de votre classe ou de l’un de vos groupes de base. Toutes les pistes seront acceptées et traitées : le climat, l’organisation de la classe, la gestion des groupes de travail, l’autonomie comportementale, la participation des élèves dans leurs apprentissages, la différenciation en regard d’une cible précise, le travail en cycles d’apprentissage, le partenariat avec les parents, l’intégration de l’orthopédagogue en salle de classe, etc
  • Décrivez votre problématique de façon succincte afin que votre besoin réel soit mis en évidence. Assurez-vous que votre demande de consultation privée ne contient qu’un seul besoin. Ce sont les deux critères à respecter pour que votre demande retienne mon attention.
  • À chaque mois, j’afficherai sur mon site deux de ces besoins et je les traiterai de manière détaillée.
  • Toutes les solutions apportées à chaque suivi personnalisé seront gardées en archives à l’intérieur de cette rubrique pendant douze mois. Ainsi, les internautes qui le désirent y auront accès en tout temps.
Utiliser la fiche de renseignements ci-jointe pour m’acheminer votre demande d’accompagnement professionnel.

Mois d'avril 2010

1ère question:

Dans ma classe, il y a une catégorie d’élèves devant laquelle je me sens démunie pour intervenir. Ce sont les élèves que je considère «capables» de réussir mais qui n’ont pas toujours la motivation pour le faire. Existe-t-il des moyens pour «toucher» ces élèves?



Solutions proposées:

Votre dernière phrase nous place déjà sur la piste des solutions. Vous avez raison de dire qu’il faut trouver des moyens pour «toucher» ces élèves. Dans leur cas, il s’agit fort probablement de raisons affectives en premier lieu. Ils sont capables, mais ils ne veulent pas…

Pour les amener sur le terrain de la motivation scolaire, il faut aller les chercher là où ils sont… Dans cette perspective, voici des stratégies susceptibles de les mobiliser eux-mêmes. La motivation intrinsèque appartient d’abord à celui ou à celle qui est en train d’apprendre.

Pistes à explorer
  • ENTRER EN RELATION PERSONNELLE avec l’élève afin de vérifier certains facteurs affectifs.
    • Ses rapports avec son enseignant :
      Pense-t-il qu’il bénéficie de l’accueil et de la chaleur humaine de son enseignant? Se sent-il à l’aise avec lui? Est-ce qu’il s’estime compris et accepté par ce dernier? Juge-t-il qu’il est apprécié par celui-ci malgré ses différences?

    • Son rapport avec la vie :
      Est-il heureux dans son contexte familial? Est-ce qu’actuellement, la vie est bonne avec lui? Se trouve-t-il en période de survie présentement? S’agit-il d’une survie temporaire ou plutôt permanente?

    • Ses autres rapports :
      Aime-t-il l’école? Aime-t-il la matière? Quelles sont ses matières préférées? Est-il accepté par ses pairs?
  • DÉCOUVRIR LES INTÉRÊTS de cet élève sur le plan de sa vie personnelle et scolaire. Un décodage écrit avec un éventail de possibilités de choix me semble efficace. Il est pertinent de s’intéresser à cette collecte d’informations au moins deux fois par année. Il faut prendre le soin de consigner les résultats obtenus pour avoir constamment sous les yeux un portrait affectif global. Vous pouvez vous référer à ce bilan collectif quand viendra le temps pour vous de tenir des échanges informels avec cet élève. Il est toujours impressionnant pour un élève de voir que son enseignant l’entretient de sujets de conversation intéressants et signifiants. Ce bilan vous aidera également à vous imprégner de dimensions affectives lorsque vous aurez à prendre des décisions pédagogiques sur lesquelles vous avez du pouvoir.

    Exemples :
    • Choix de thèmes pour une production orale ou écrite;
    • Choix de sujets pour l’articulation de projets collectifs ou d’équipes;
    • Choix de centres d’intérêt pour le vécu de recherches autonomes ou de projets personnels


  • Se pencher principalement sur trois dimensions cognitives :

    • LA SIGNIFIANCE
      Comment l’élève perçoit-il la tâche que je viens de lui présenter? En connaît-il la finalité, le but, les avantages qu’il pourrait en retirer? Ai-je pris le temps de verbaliser à l’élève «pourquoi» il doit exécuter cette tâche? Est-il au courant des contextes de transfert (quand) où il pourra réutiliser ce qu’il vient d’apprendre ou de faire ?

    • LES EXIGENCES DE LA TÂCHE
      La tâche présente-t-elle un véritable défi pour l’élève? Comporte-t-elle suffisamment de difficultés tout en lui offrant la perspective de réussir? (zone proximale de développement) La tâche tient-elle compte de son rythme d’apprentissage, de son style cognitif ou de ses formes d’intelligence prédominantes?

    • LA CONTRÔLABILITÉ SUR LA TÂCHE
      L’élève possède-t-il les outils adéquats pour réaliser la tâche demandée? A-t-il une certaine marge de manoeuvre dans le déroulement des étapes proposées? Lui offre-t-on des choix dans la partie négociable, principalement au niveau des stratégies et des moyens?

En terminant ma réponse, j’aimerais attirer votre attention sur le fait que des élèves «capables mais non motivés» possèdent très souvent une bonne dose de leadership. Il faut être attentif à cette réalité et se soucier de canaliser positivement leurs énergies. Autrement, ce leadership risquerait de s’exercer négativement. Bref, ce type d’élèves recherchent l’exercice du pouvoir. Aussi bien le partager avec eux en utilisant des stratégies pertinentes, telle que l’ouverture du menu en classe, la diversité des options lors de périodes de gratuité, la possibilité de choisir entre deux types d’exercices ou de devoirs, la liberté de jouer sur l’ordre chronologique selon lequel les tâches obligatoires seront exécutées.

LA MOTIVATION, ÇA S’ENSEIGNE ET ÇA S’APPREND….NOUS AVONS DU POUVOIR SUR LA MOTIVATION BEAUCOUP PLUS QUE NOUS NE LE PENSONS…



2e question:

J’ai beaucoup d’empathie pour les élèves de ma classe qui éprouvent de grandes difficultés d’apprentissage. Ils font de nombreux efforts sans connaître nécessairement des réussites satisfaisantes. Comment intervenir auprès d’eux pour éviter qu’ils ne se découragent et démissionnent avec le temps ?



Solutions proposées:

D’abord, je vous félicite pour votre souci à vouloir aider cette catégorie d’élèves! Vous avez compris que la responsabilité de guider leur cheminement vous appartient en premier lieu même si vous bénéficiez de mesures spéciales pour leur assurer une plus grande guidance. Le ou la titulaire de classe est le grand responsable de leur réussite au même titre que les autres élèves. Ceci étant dit, cela ne signifie pas pour autant que c’est toujours facile d’assumer cette grande responsabilité. Voici des suggestions pour vous faciliter la tâche…

  • Accepter d’abord le fait que ces élèves soient différents des autres élèves. L’application de solutions commence par la présence d’ATTITUDES POSITIVES à leur égard. Se donner le mandat de les conduire aussi haut et aussi loin qu’ils peuvent aller, c’est forcément renoncer à vouloir les amener coûte que coûte à la même place que tous les autres.

  • Prendre le temps de découvrir le STYLE D’APPRENTISSAGE de ces élèves. Il se peut qu’un élève ne comprenne pas le discours de son enseignant, alors comment peut-il réussir par la suite? Je fais référence aux auditifs, aux visuels, aux kinesthésiques, aux simultanés, aux séquentiels, aux analytiques, aux synthétiques. Après avoir cerné les portes d’entrée gagnantes, intervenir auprès de ces élèves en utilisant les stratégies appropriées. Très souvent, j’ai entendu des orthopédagogues me dire que les élèves en difficulté appartenaient à la catégorie des kinesthésiques simultanés.

  • L’un des gestes le plus urgent à poser est bien de permettre à ces élèves de connaître dans l’immédiat un CERTAIN NOMBRE DE RÉUSSITES. Autrement, ces derniers risquent fort de perdre un atout précieux, leur motivation scolaire. À cette intention, l’enseignant doit se ranger du côté des adaptations ou des accommodations. Il ne faut pas attendre de se retrouver devant l’obligation d’élaborer un plan d’intervention personnalisé pour agir dans ce sens.

    Je me permets de vous rappeler quelques-unes de ces mesures d’adaptation :
    • Couper la longueur d’une tâche;
    • Donner un échéancier plus long ;
    • Accorder plus de guidance de la part de l’enseignant;
    • Multiplier les ressources auprès d’eux comme : dyade d’entraide, matériel de manipulation, livres de bibliothèque, ordinateur, matériel didactique différent;
    • Simplifier la complexité des textes en les aérant;
    • Manipuler les consignes de diverses façons : les dire,les écrire,les dessiner, les mimer, les faire reformuler par des élèves;
    • Avoir recours à des manuels d’une autre collection où l’on retrouve plus d’images, plus d’expériences concrètes;

  • Permettre à ces élèves de fréquenter des lieux dans la classe davantage axés sur l’EXPÉRIMENTATION. La présence et l’utilisation d’ateliers et de centres d’apprentissage sont des structures organisationnelles plus bénéfiques pour eux que la tenue de simples cliniques où l’accent est encore mis sur des explications orales à l’intérieur de groupes restreints.

  • Les connaissances procédurales sont souvent un obstacle à franchir pour ces élèves-là. Ils sont motivés par la tâche, mais ils ne savent pas comment s’y prendre pour l’accomplir. Le développement d’un COFFRE À OUTILS avec eux est une stratégie intéressante à envisager. Les élèves doués sont capables de découvrir eux-mêmes les démarches et les stratégies dont ils ont besoin, ce qui n’est pas le cas pour ce type d’élèves. À l’intérieur de leur répertoire d’outils pour apprendre, les élèves qui requièrent un accompagnement plus soutenu pourraient insérer l’outillage cognitif qu’ils ont développé avec l’orthopédagogue lors de suivis personnalisés.
Pour conclure mon entretien avec vous, j’aimerais attirer votre attention sur le développement des compétences transversales. Même si un jour, celles-ci ne s’avéraient plus prescriptives, ne pas oublier qu’elles constitueront toujours un bagage intéressant à développer plus particulièrement avec cette clientèle d’élèves. À mon avis, ces compétences constituent la base même de tout individu aspirant à faire preuve d’autonomie afin de se débrouiller dans la vie.

AMENONS CES ÉLÈVES AU TERMINUS CORRESPONDANT À LEUR POTENTIEL... DIFFÉRENCIER LES ITINÉRAIRES MAIS NON LE BUT DU VOYAGE : LA RÉUSSITE OPTIMALE POUR CHACUN …